Une étude Ipsos réalisée pour l’Unaf et l’OPEN relate l’impact de la pandémie de Covid-19 sur les pratiques numériques des parents et des enfants.

Confinements répétés, école à distance, télétravail… La crise sanitaire liée au Covid-19 a fortement modifié les pratiques numériques des familles, comme le révèle une étude réalisée par l’Ipsos pour l’Union nationale des associations familiales (Unaf) et l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (Open) publiée lundi 7 février (1).

Premier constat : 44 % des parents et 53 % des enfants déclarent avoir augmenté leur consommation d’écrans depuis le début de la pandémie. Et 77 % des parents et 62 % des enfants estiment y passer trop de temps. « L’augmentation des pratiques numériques en termes d’usage d’écrans, de temps passé, et avec en plus une majorité des parents qui pensent que tout cela va durer dans le temps est l’une des informations majeures », souligne Olivier Andrieu-Gérard, responsable du pôle usage média numérique à l’Unaf.

Autre information, les écrans sont utilisés par des enfants de plus en plus jeunes. L’âge moyen des enfants lorsqu’ils reçoivent leur premier appareil numérique (10 ans et demi aujourd’hui) baisse. Fait préoccupant pour les auteurs de l’étude, 43 % des enfants âgés de 0 à 2 ans utilisent Internet. Pour Olivier Andrieu-Gérard, cela s’explique en partie par la « dimension occupationnelle ». « L’écran devient la baby-sitter », renchérit Thomas Rohmer, fondateur et directeur de l’Open. Ainsi, 83 % des parents sont en effet convaincus des opportunités qu’offre le numérique pour distraire facilement les plus petits.

Décalage générationnel

Deuxième constat de l’étude : le décalage entre la perception des parents sur ce que font leurs enfants en ligne et ce que ces derniers disent faire. Les parents sous-estiment ainsi le temps passé par leurs enfants de 23 % sur une semaine moyenne. Par exemple, les 7-10 ans passent quasiment trois fois plus de temps sur leur smartphone que ce qu’imaginent leurs parents (37 minutes par jour contre 1 h 26). « C’est l’enjeu principal, pointe Olivier Andrieu-Gérard. Les parents ne connaissent pas et n’imaginent pas toujours l’usage numérique de leurs enfants. »

Ce décalage générationnel peut aussi expliquer la différence de la perception des risques et des inquiétudes liées aux écrans.« Les parents hiérarchisent des risques qui sont ceux les plus véhiculés, comme le cyberharcèlement (5 % des enfants disent en avoir subi). Les enfants, eux, préfèrent parler de ce qu’ils vivent (maux de tête pour 43 % d’entre eux, difficultés d’endormissement…). Cela est dû à un déficit de dialogue dans ces familles », explique Thomas Rohmer.

Une mauvaise perception des risques peut entraîner une réponse qui n’est pas adaptée. Ainsi, à peine 4 parents sur 10 déclarent avoir un échange avec l’enfant sur ses pratiques numériques. À l’inverse, l’installation de logiciel espion a été multipliée par deux depuis 2019. Les parents préfèrent réguler les pratiques numériques en se concentrant sur le contrôle des outils au détriment de l’angle pédagogique. Une gageure, selon Olivier Andrieu-Gérard, pour qui utiliser la technique sans comprendre « ne sert à rien ».

Manque d’accompagnement

Enfin, l’étude affirme que près d’un parent sur deux ne se sent pas suffisamment accompagné pour réguler la consommation des écrans de ses enfants. « Il faut s’y intéresser, être présent, les accompagner, tenter de comprendre ce qu’ils font avec leurs outils, demander des explications », conseille Olivier Andrieu-Gérard.

Remettre du dialogue est également essentiel pour Thomas Rohmer, qui recommande de trouver le juste milieu en respectant le principe de précaution. « On sait qu’avant 3 ans, les écrans sont nocifs et ne sont pas à mettre entre les mains des enfants. Mais passé cet âge, il faut être pragmatique et ne pas vouloir jeter le smartphone à la poubelle », explique-t-il.

« Concrètement, plutôt que de mettre le dessin animé Peppa Pig à son enfant le matin pour l’occuper, je conseille aux parents de lui faire écouter des musiques, des comptines sur un smartphone. L’enfant a l’écran mais pas l’image, ça développe son imaginaire et ça l’occupe tout autant », indique Thomas Rohmer qui souhaite montrer qu’une « une hygiène de vie numérique est possible ».

(1) Étude réalisée du 9 au 22 juillet 2021 sur un échantillon représentatif de 2012 parents et 600 enfants.

 

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