Enfant coloriant un toboggan

« Pas d’écrans avant 3 ans » : sommes-nous tous de mauvais parents ?

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Utiliser les écrans avec nos jeunes enfants se fait souvent au détriment d’activités essentielles pour leur développement. Alors est-ce dangereux pour eux ?

Un projet de loi examiné fin novembre 2018 au Sénat visait à obliger les fabricants à apposer des autocollants colorés sur les outils et jeux numériques dotés d’un écran, pour « sensibiliser et responsabiliser les parents ». Le principe serait similaire aux pastilles de couleur sur les aliments, qui mettent en garde contre les aliments gras, salés ou sucrés.

Ces étiquettes ne font pas l’unanimité, mais une chose est sûre : à l’excès, les écrans ne sont pas bons pour les enfants, et pourraient même être potentiellement nocifs avant l’âge de 3 ans – dans certaines conditions.

Le « temps d’écran », c’est quoi ?

Avant 3 ans, les enfants consomment principalement des dessins animés sur écrans. Mais qu’ils regardent des photos, jouent à un jeu ou regardent une vidéo, toutes ces occupations ont un point commun : l’enfant est passif devant un écran.

C’est pourquoi il faut bien faire attention de prendre en compte le temps total passé devant un écran, qu’il s’agisse d’une tablette, d’un smartphone ou de la télé.

Les méfaits des écrans, c’est vrai ?
Faut-il avoir peur des écrans avant 3 ans ?

Avant toute chose, faut-il le rappeler : les écrans ne créent pas de maladies. En tout cas pour le moment aucune étude ne le démontre.

Bien sûr de nombreuses observations faites par les professionnels qui travaillent de près avec des enfants ont de quoi nous interroger lorsque les enfants sont surexposés aux écrans.

Toutefois arrêtons toute panique morale et autre discours alarmiste et soyons dans l’humilité : les recherches actuelles ne nous permettent pas d’affirmer avec certitude que les écrans représentent une quelconque nocivité pour nos enfants.

Si réduire le temps total d’écran fait toujours du bien aux enfants, notamment aux tous-petits, il n’y a aucun lien avéré entre écrans et autisme par exemple.

Article Autisme virtuel, écran de fumée par Aurélie Haroche 

Article Nos vies connectées, écrans et autisme virtuel: voici ce qu’une fake news peut faire aux gens

Mais les écrans sont mauvais, quand même, non ?

Le problème n’est pas que les écrans sont maléfiques en eux-mêmes : le problème est qu’ils ont un côté fascinant, et pas que sur les enfants – nous autres adultes en sommes le meilleur exemple. Si nous sommes rivés à nos écrans, au point d’avoir du mal à poser notre smartphone, pourquoi en serait-il autrement pour les enfants ?

Le véritable souci est que le temps passé sur les écrans est du temps qui n’est pas passé à autre chose. Avant 3 ans, l’enfant a besoin d’interactions les plus riches possibles avec son environnement. Il est très important, et gratifiant, pour le parent d’interagir avec son enfant et de le stimuler. Il faut solliciter ses sens, ouïe, vue, toucher ; il faut lui parler, et le laisser découvrir son environnement à son rythme.

Le maître mot :  « multimodalité ». L’enfant s’épanouit s’il peut interagir avec son environnement selon plusieurs modes. Le temps passé sur écran est autant de temps volé à des apprentissages essentiels, parce que le temps d’écran n’est justement pas multimodal.

« Regarde chéri(e), le petit sait déjà faire défiler les photos… »

Il est légitime d’être très fier de sa progéniture et de se réjouir que ses enfants grandissent vite, soient en bonne santé et soient doués ! Voir son enfant grandir à la vitesse grand V et en apprendre plus chaque jour, c’est l’une des grandes joies d’être parent.

Tous les parents en ont fait l’expérience : selon les marques, il faut habiller son bout de chou de 2 ans avec du 4 ans, et sa puce de 6 ans avec du 9 ans. Même chose pour les jouets : à 5 ans, notre enfant s’ennuie déjà avec un jouet « pour les 6-10 ans ». Les parents se réjouissent que Junior soit en avance sur son âge…

Si cette logique marche pour les vêtements et les jeux sans écrans, elle n’est absolument pas valable pour les jeux avec écran. Même si votre bout de chou pige vite, la recommandation « pas d’écrans avant 3 ans » n’est pas à prendre à la légère. Alors pas trop d’enthousiasme à l’idée d’annoncer à votre conjoint(e) : « regarde chéri(e) le petit sait déjà faire défiler les photos … » cela n’en fera pas pour autant un futur Steve Jobs !

Voir notre vidéo « Dessins animés et tous-petits : savoir gérer le temps passé »

Alors, c’est vrai, « pas d’écrans avant 3 ans » ?

Soyons tout de même réalistes : que le parent qui n’a jamais planté son petit devant un épisode de Caillou ou de Peppa Pig cinq minutes, le temps de répondre à un coup de fil urgent, ou de se libérer les mains pour ranger les courses – qu’il nous jette la première pierre. S’il existe.

Qu’on se rassure tout de suite : si, avant 3 ans révolus, nos chères têtes blondes passent quelques minutes devant un écran, de façon ponctuelle, alors que nous sommes à proximité, et regardent un programme choisi par nous, cela ne va pas compromettre leur développement.

Ce qu’il faut éviter, c’est :

  • de longues périodes passées devant un écran
  • de façon passive, sans interaction
  • où l’enfant est seul

La mauvaise recette, c’est de planter bébé tout seul devant une suite interminable de dessins animés pendant de longues heures. Mais laisser un enfant si petit, seul trop longtemps, c’est de la négligence – avec ou sans écrans. Le problème est d’ailleurs exactement le même avec un smartphone, qu’avec une tablette, qu’avec la télé. Rien de nouveau sous le soleil, donc.

Lire aussi : Des alternatives aux écrans ? D’autres jouets permettent d’occuper les enfants d’une façon ludique qui favorise véritablement leur développement.

En revanche, que l’enfant passe quelques minutes par jour devant un écran avec papa ou maman, pour raconter une histoire ensemble, montrer des objets, parler et échanger – pas de mal à ça.

Il faut rester pragmatique. On peut garder à l’esprit les grandes lignes des recommandations de santé, tout en sachant qu’on peut les aménager et les adapter à sa propre situation familiale : ce ne sont pas des diktats, mais des lignes directrices. Pas de panique, donc.

Le parent parfait qui n’a jamais besoin d’avoir recours aux dessins animés ou jeux sur écrans n’existe pas. Et les enfants n’ont pas besoin d’un parent parfait, qui se plierait à 100% à toutes les injonctions éducatives. Ce qui importe, c’est l’attention que les parents portent à leurs enfants: c’est elle qui permet aux petits de bien grandir. C’est grâce à ces moments partagés que les enfants se construisent, pour leur plus grande joie – et la nôtre!