Enfant qui prend une photo

On a trouvé le cadeau numérique idéal pour les enfants …

- Julie Duran

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Cette année, oubliez les smartphones, les consoles de jeu vidéo et les tablettes : le meilleur outil numérique dès 6 ans, c’est un appareil photo.

Sous le sapin, vous voulez les plus beaux joujoux pour votre bout de chou ! Seulement voilà, vous vous grattez la tête… Vous voudriez un cadeau abordable (le dernier iPhone, ce sera dans quelques années…), de bonne qualité (la tablette discount qui va bugger le 27 décembre, c’est non) mais aussi adapté à l’âge de votre enfant : 6 ans, c’est vraiment trop jeune pour un smartphone, et les papis et mamies se chargent déjà de la console…

Avez-vous pensé à offrir un appareil photo numérique ? Outre qu’un bon modèle compact est beaucoup, beaucoup moins cher qu’un smartphone, une tablette ou une console, l’appareil photo numérique a énormément d’avantages insoupçonnés pour les enfants à partir de 6 ans.

Vous cherchez un jeu « éducatif » ? L’appareil photo est ce qu’il vous faut !

Avec un appareil photo, l’enfant devient acteur de sa propre créativité. Il n’y a aucune ‘règle’ à apprendre ou à suivre, aucun autre objectif que ceux que l’enfant se donne. Cette capacité à jouer de façon totalement libre, en explorant simplement un outil, est un formidable vecteur de créativité.

Écouter – La Petite Causerie du Numérique avec Olivier Duris : Jeunes enfants et écrans, comment gérer?

L’autre avantage de l’appareil photo, c’est qu’on apprend le maniement de base d’un objet numérique. On parle beaucoup de « natifs numériques », comme si l’année de naissance d’un enfant suffisait à garantir sa dextérité informatique.

Mais juste parce qu’il sait utiliser tous les filtres de Snapchat ne veut pas dire qu’il va maîtriser aussi des choses basiques et vitales.

Pour la petite anecdote, à la faveur du premier confinement et des cours en distanciel, de nombreux enseignants se sont rendu compte que certains de leurs élèves, jusqu’au lycée et même à l’université, ne savaient pas envoyer un email correctement, ou télécharger un fichier sur la plateforme de cours en ligne…

Avec l’appareil photo, et avec l’aide de papa-maman, on apprend donc aussi les tout premiers rudiments de choses essentielles comme : où est la photo numérique une fois que je l’ai prise ? Comment la visionner ou l’effacer ? Comment la sauvegarder, m’assurer que je ne la perds pas ? Comment je retrouve ma photo, quand elle a un nom bizarre comme 201225_0945.jpg ? (soit dit en passant, une telle photo a certainement été prise le 25 décembre 2020 à 9h45, pour les curieux…) Et comment renommer le fichier en « Ouverture Cadeaux Noël 2020 » ? Comment je transfère la photo sur la tablette ou sur l’ordinateur ? Comment j’envoie la photo par email à Tatie ou Mamie ?

Autant de choses toutes bêtes qui pourtant ne sont pas innées, et qu’il faut donc apprendre. Pour les parents qui s’inquiètent que leur enfant ne soit pas à la traîne question numérique, voilà une solution d’initiation très efficace, et beaucoup moins chère que d’autres objets.

Dès 6 ans, mettre en place les fondations qui permettront à l’ado de s’épanouir en sécurité

En plus des compétences de base de simple maniement des outils, l’appareil photo numérique permet d’aborder des questions très abstraites, même avec un enfant petit, en les mettant à sa portée.

Par le biais de situations très concrètes, on peut commencer son éducation sur des sujets délicats, comme le droit à l’image, la différence entre ce qui est public et ce qui doit rester privé, ou encore la question du consentement.

C’est maintenant qu’on peut, tranquillement, sans stress, mettre en place les fondations d’une véritable éducation au numérique. Si vous n’aimeriez pas que votre enfant envoie des nudes lorsqu’il ou elle aura 13 ans (oui, les nudes concernent aussi les garçons), c’est maintenant le moment de lui expliquer que sa propre image est un prolongement de lui-même et qu’on n’en fait pas absolument tout ce qu’on veut – ni lui, ni personne d’autre.

C’est maintenant qu’on peut, posément, sans pression, lui expliquer que ces images de lui-même ne sont pas une monnaie d’échange.

C’est aussi le moment idéal pour lui expliquer qu’il faut demander à quelqu’un avant de le prendre en photo. Puis avant de partager sa photo avec d’autres, et qu’on n’a pas le droit de ‘voler’ des photos en les prenant par surprise ou à la dérobée.

Et il n’est certainement pas question de prendre papa ou maman en photo aux toilettes ou tout nus, m’enfin ! De la même façon que vous parents, JAMAIS, au grand jamais, vous ne prendriez de photo de votre enfant sur le pot ou tout nu sans son consentement, n’est-ce pas ? Surtout pas pour la partager avec vos 859 amis Facebook, on est bien d’accord ?

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Redécouvrir le monde par les yeux de votre enfant et poser les bases du dialogue

Mais il n’y a pas que le côté strictement utilitaire. Laisser son enfant manier un appareil photo qui lui appartient, c’est aussi redécouvrir le monde à sa hauteur : que voit-il, lui ? C’est l’occasion de bavarder ensemble des photos qu’il a prises : qu’est-ce qui l’intéresse, pourquoi a-t-il voulu garder une trace de telle ou telle chose ? L’image va servir de support pour que l’enfant puisse s’ouvrir et mettre des mots sur ce qui est important pour lui.

Ces conversations sont des moments magiques et précieux qui renforcent la complicité et la confiance entre vous et votre enfant. Elles serviront de précédent à d’autres conversations, d’autres moments de partage, sur des sujets légers ou plus sérieux, lorsque votre enfant vous montrera, le moment venu, ce qu’il poste sur les réseaux sociaux ou quelles vidéos il regarde en ligne.

Lorsque votre petit bout de chou sera devenu un ado taciturne tendance monosyllabe, vous serez réconforté de savoir que la communication est toujours possible, parce que vous et lui en avez pris l’habitude très tôt.

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« Attention à ne pas ‘poubellifier’ les images numériques »

OPEN : On pourrait se demander quel est l’intérêt d’offrir un appareil photo numérique à son enfant de 6 ans – pourquoi ne pas juste le laisser jouer avec la fonction appareil photo, très perfectionnée, du smartphone de papa ou de maman ?

Arnaud Sylla, psychologue clinicien : « Nous vivons à une époque de prolifération exponentielle des images, et notamment des images numériques, dématérialisées : du coup, on en vient un peu à les considérer comme des déchets. On a tous sur nos disques durs des terabytes de photos qu’on ne regarde jamais : ce sont autant de souvenirs qui se perdent. Or le rapport des enfants à l’image est totalement différent du nôtre, et il est encore en construction.

Que notre enfant ait son propre appareil recouvre des enjeux éducatifs très importants. D’abord, c’est son objet à lui, et pas le smartphone de papa-maman. Progressivement faire la différence entre ce qui est à moi et ce qui n’est pas à moi est une étape importante de son développement.

Ensuite, attention à ne pas ‘poubellifier’ les photos prises par son enfant. De la même façon qu’on va hésiter à jeter un dessin de son enfant, même quand il en ‘produit’ beaucoup, on va se poser des questions avant de supprimer les images qu’il a prises – minimiser leur importance, les considérer comme jetables, n’est pas anodin.

En effet, l’utilisation de l’appareil photo, la capture d’images, le fait de parler de ces images, sont des activités qui permettent à l’enfant d’apprendre à structurer la réalité autour de lui et à lui donner un sens. Il est très important d’échanger à propos de cette activité avec son enfant. L’enfant construit son image de soi, et sa confiance en soi, dans notre regard: il a besoin que nous lui parlions de ce qu’il fait. Il cherche à se reconnaître dans l’image que nous lui renvoyons de lui.

Et enfin, dans notre monde d’images, notre enfant a besoin d’apprendre petit à petit comment gérer ces images et l’effet qu’elles lui font. Décoder le langage des images n’est pas inné – on le voit quand un enfant est agité, qu’il a une décharge d’activité physique après avoir regardé un dessin animé ou un film qu’il a besoin de digérer, mais pour lequel il n’a pas encore de mots. Nous parents, nous sommes là pour l’accompagner et l’aider à trouver ces mots, pour apaiser. »