Addiction aux jeux vidéo: faut-il s’inquiéter ? Nos enfants sont-ils réellement en danger ?

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En mai 2019, l’OMS a décidé de reconnaître l’existence d’un “trouble des jeux vidéo”, qualifié de comportement addictif. Les jeux vidéo créent-ils l’addiction, et votre enfant est-il en danger ?

 

En 2017-2018, l’Organisation Mondiale de la Santé a proposé de réfléchir à l’addiction aux jeux vidéo: comment la définir ? Les médias ont immédiatement titré que “Selon l’OMS, les jeux vidéos créent l’addiction”, ce qui n’est pas exactement ce que disait l’OMS. Il fallait encore que les pays membres discutent et négocient, avant que la proposition soit définie, puis acceptée ou rejetée par un vote.

Ce vote a eu lieu le 25 mai 2019. La proposition de reconnaître un “trouble des jeux vidéo” a été approuvée. Ce “trouble des jeux vidéo” a fait son entrée au registre des maladies appelé Classification Internationale des Maladies, 11e version (CIM-11), et chaque pays membre de l’OMS s’engage à réunir des statistiques à ce sujet, et à proposer des options de traitement, à partir de janvier 2022.

Dans la définition donnée par l’OMS, le trouble associé aux jeux vidéo est considéré comme “trouble lié à un comportement addictif”, et classé dans la même catégorie que les jeux d’argent. Ces comportements addictifs sont réunis sous une catégorie plus large qui examine l’usage et les effets de substances comme l’alcool, le cannabis, la nicotine – et la caféine…

Mais attention, avant de bazarder la console de Junior et de lui faire jurer de ne plus jamais se connecter à Fortnite, il faut bien comprendre que la définition de l’OMS est très précise.

 

Alors faut-il immédiatement passer la PlayStation par la fenêtre ?

 

Pas besoin de céder à la panique. Si votre enfant est en ce moment passionné par Fortnite ou Super Mario Kart, et qu’il y joue beaucoup, et qu’il en parle tout le temps – autrement dit, si votre enfant vous gonfle avec son jeu vidéo, cela ne veut pas pour autant dire qu’il est “accro” et “en danger”. Il faut arrêter d’utiliser le mot addiction à tort et à travers.

 

Votre enfant joue beaucoup aux jeux vidéos ? Tant qu’il ne perd pas le sommeil, tant qu’il ne sèche pas les cours, tant qu’il a une vie sociale avec ses copains, inutile de paniquer. C’est juste qu’il joue beaucoup aux jeux vidéo…

D’ailleurs, si votre enfant passait des heures à lire ou à jouer aux échecs, cela vous inquiéterait-il ? Un enfant qui dévore livre après livre se réfugie aussi dans un univers imaginaire: quelle différence avec un enfant qui se réfugie dans le monde imaginaire d’un jeu vidéo après tout ?

Un joueur d’échecs, d’un certain point de vue, joue à un jeu de pouvoir et de violence, où le but est d’exploiter les autres (pions, reine, cavalier) pour tuer le roi ennemi (les graphismes sont moins gore, c’est vrai…). Et pourtant, quel parent se plaindrait que son enfant est un lecteur vorace ou un champion d’échec ?

Voir notre vidéo avec Serge Tisseron sur « ados et jeux vidéo ».

 

Pour être qualifié de trouble, le comportement addictif doit être observable pendant au moins 12 mois

 

Dans la définition de l’OMS, ce “trouble des jeux vidéo” n’est pas défini en terme d’heures passées à jouer, mais en termes de conséquences sur le quotidien. Un gamer qui joue plusieurs heures par jour mais mène une vie saine, voit régulièrement ses amis, a des relations harmonieuses avec sa famille et évolue normalement dans la société (hygiène, sommeil, études ou travail), n’est pas un addict. C’est également le cas s’il prend un jour de congé lors du lancement d’un nouveau jeu vidéo, ou s’il oublie de manger une fois pendant une partie particulièrement prenante !

 

L’OMS évoque un comportement addictif, lorsque le joueur a du mal à contrôler l’activité : il ne peut pas s’empêcher de jouer ce qui affecte sévèrement sa vie sociale, professionnelle, familiale, lors d’épisodes continus ou répétés sur une période d’au moins 12 mois.

Autrement dit, si Junior a beaucoup joué à la Playstation pendant les vacances scolaires, avant de retourner tranquillement à l’école et de retrouver ses copains une fois les vacances finies, soyons clairs sa santé mentale n’est pas en danger !

 

Mais les jeux vidéo sont addictifs, non ?

 

Il est vrai que les jeux vidéo sont très efficaces et vraiment bien ficelés : ils sont conçus pour être passionnants.

Il faut pour autant se garder de faire comme si les jeux vidéo étaient des entités malfaisantes douées de conscience pouvant manipuler vos enfants sans que vous ne puissiez rien y faire. Comme si une console de jeu altérait votre rôle de parent…

Les parents s’estiment trop souvent dépassés par un univers numérique qu’ils ne comprennent pas et abdiquent parfois de leurs responsabilités.

Nous vous invitons à consacrer un peu de temps en vous renseignant sur le passe-temps qui occupe votre enfant plusieurs heures par jour – par exemple, tout simplement, en lui demandant de parler de sa passion, de vous expliquer le principe du jeu et qui sait rejoindre la partie …

Si vous souhaitez aller plus loin des ressources existent : le site internet Pédagojeux pourra vous apporter quelques conseils bien utiles.

 

À partir de quand faut-il s’inquiéter ?

 

Par contre, si Junior a plusieurs fois séché les cours ou ne dort plus pour jouer à un jeu vidéo dans le mois qui précède, que faire ?

Encore une fois, on n’est pas dans la zone “trouble de santé mentale”. Pas besoin de paniquer.

En revanche, il faut s’inquiéter – un peu : votre enfant qui se réfugie dans les jeux vidéo peut parfois traverser un moment difficile. Il est important de s’intéresser à ce qu’il vit : chagrin d’amour ? Stress des résultats scolaires ? Harcèlement ? Pressions ou tensions à la maison ?

Ne vous méprenez pas : “trop” jouer aux jeux vidéo est un symptôme – interdire à votre enfant de jouer et prendre une posture autoritaire ne résout pas le problème sous-jacent. Au contraire, dans certains cas, cela peut aggraver la situation en empêchant la communication avec votre enfant.

Mieux vaut se focaliser sur l’origine du mal-être chez votre enfant et en cas de troubles préoccupants (humeur instable, troubles du sommeil, déprime…), prendre le temps de consulter un médecin ou un spécialiste de l’adolescence qui pourra vous orienter et aider votre ado à passer ce cap difficile courant à l’adolescence.