24% des parents ont déjà utilisé un logiciel pour espionner leur enfant

- Julie Duran

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Un gros quart des parents a déjà eu recours à un logiciel espion pour garder un œil sur ce que fait son enfant. Mais cette illusion de contrôle se paie parfois au prix fort.

Un logiciel espion permet, à l’insu de l’utilisateur du téléphone, de lire ses SMS, de vérifier quels sites internet ont été visités, voire d’écouter les conversations téléphoniques ou les bruits ambiants autour du téléphone. Il est important de garder en tête que l’utilisation d’un tel logiciel représente une intrusion grave dans la vie privée de votre enfant, via un appareil que très probablement vous lui avez vous-même offert.

24% des parents ont déjà utilisé des logiciels d’espionnage (géolocalisation, tracker, etc.), et la proportion s’élève à 31% chez les parents d’enfants de 7 à 10 ans.

Source : Le Livre Blanc – Parents, Enfants et Numérique – OPEN, Unaf

Être parent à l’ère de l’angoisse

Pour comprendre comment on en est arrivé là, petite mise en contexte. Beaucoup de parents du 21e siècle sont très angoissés, c’est un fait. Actualités anxiogènes en boucle, climat d’inquiétude, sentiment que le monde est de plus en plus noir… Il est difficile, voire impossible, de ne pas s’inquiéter pour ses enfants.

Les informations circulent beaucoup, beaucoup plus vite aujourd’hui : le moindre événement peut faire traînée de poudre sur les réseaux sociaux et dans les médias en quelques heures. Et nous n’avons jamais eu aussi facilement accès à ces informations – tout est là, dans notre poche, à portée de “swipe”.

Un avantage, c’est que cette rapidité, cet accès en temps réel, permettent de faire évoluer les mentalités. Des problèmes jusqu’alors enfouis occupent désormais le devant de la scène – des abus autrefois largement acceptés nous semblent aujourd’hui à juste titre insupportables.

Mais le problème, c’est qu’on est face à un matraquage permanent qui donne parfois l’illusion que la violence augmente dans nos sociétés. Or, les chiffres et les études sérieuses sont là pour nuancer le tableau : nous avons plus conscience de la violence, tout à fait réelle, de nos sociétés, mais cela ne veut pas forcément dire que cette violence a augmenté.

Tout parent se fait un devoir absolu d’accompagner son enfant dans sa découverte du monde et de le protéger face à un environnement potentiellement hostile et cruel. Mais cette préoccupation peut devenir omniprésente et massive : il est nécessaire de prendre un peu de recul.

Il est bon de s’interroger sur les raisons de nos angoisses : est-ce que je m’inquiète à cause d’un événement concret, récent, qui est arrivé à proximité, qui nous concerne directement, moi et ceux qui me sont chers ? Est-ce que je m’inquiète à cause d’une ambiance généralisée d’anxiété diffuse, que j’absorbe malgré moi en regardant les infos ? Ou est-ce que j’imagine moi-même, au-delà des événements réels, des situations qui m’inquiètent alors qu’elles sont statistiquement très peu probables ?

Nous devons tenter de relativiser certaines de nos inquiétudes, pour ne pas en faire trop porter le poids à nos enfants.

« La volonté de se connecter pour se sécuriser entraîne paradoxalement de nouvelles situations anxiogènes.

L’inquiétude est souvent palpable chez nombre de parents soucieux de faire au mieux pour sécuriser les pratiques de leurs enfants et de leurs adolescents. Or, la multiplicité des formes que prennent leurs craintes à l’ère du numérique les amènent paradoxalement à favoriser la connexion de leurs enfants de plus en plus tôt… »

Source : Le Livre Blanc – Parents, Enfants et Numérique – OPEN, Unaf

Bodyguard + Robocop = le parent parfait ?

Depuis quelques années, au-delà des soins nécessaires à donner à l’enfant pour son bien-être et sa sécurité, l’environnement (notamment médiatique) pousse le parent à incarner un rôle de « garde du corps ». Être un bon parent consisterait à être capable de protéger son enfant de tous les dangers, tout le temps. Comme si un parent devait être une sorte de dieu tout puissant, capable de tout contrôler, et donc 100% responsable de tout ce qui arrive à son enfant.

Mais être parent ne se résume pas à surveiller constamment son enfant. Souvenez-vous de ces temps anciens où il n’était pas possible de rester constamment en contact… On était donc obligé de faire avec – et parents et enfants pouvaient se détacher progressivement les uns des autres. On établissait des règles à l’avance : heures de rendez-vous, heures de retour à la maison, adresse exacte où on se rend, etc.

C’est plus contraignant, parce que la possibilité d’être toujours joignables nous a déshabitués de ce genre d’efforts logistiques. Et pourtant, ils représentent une opportunité de dialogue avec notre enfant, et ils sont une façon de lui rappeler que nous nous faisons du souci pour lui, et qu’il doit lui-même avoir le souci de se protéger quand nous ne sommes pas là.

C’est ce processus d’autonomisation qui permet à nos enfants, selon leur âge, de prendre leur indépendance et de voler de leurs propres ailes sans avoir besoin de nous sans cesse, mais en sachant que le parent demeure là pour eux en cas de besoin.

Aujourd’hui, il est devenu très – trop – facile de céder à la tentation d’être toujours connectés les uns aux autres, parce que la technologie le permet. Mais il n’est pas souhaitable que cette connexion constante se transforme en surveillance. L’utilisation d’un logiciel espion, qui concerne quand même un gros quart des parents, voire un tiers des parents des enfants entre 7 et 10 ans, est une manifestation excessive de ce besoin qu’ont les parents d’être omniprésents pour leurs enfants.

« La plupart d’entre nous avons vécu cette expérience où l’angoisse surgit parce qu’une personne significative n’était pas joignable alors qu’elle devait l’être. Chez certains, des scénarios catastrophistes surgissent alors, le pire est au rendez-vous, et l’imagination débordante laisse croire parfois qu’un drame s’est bel et bien produit. Plus les attentes sont importantes concernant la capacité apparente de la connexion à rassurer, plus les situations inattendues en ce sens risquent d’être vécues comme dramatiques. »

Source: Le Livre Blanc – Parents, Enfants et Numérique – OPEN, Unaf

Installer un logiciel espion sur le téléphone de son enfant ne résoudrait rien

Si vous installez le logiciel et qu’il ne vous révèle rien de grave – serez-vous rassuré pour autant ? Ou allez-vous continuer à vous inquiéter, en vous disant que c’est le logiciel qui n’est pas assez puissant ?!

Et si le logiciel mouchard confirme vos pires craintes… la situation ne s’arrangera pas d’elle-même. Elle deviendra d’autant plus explosive que votre enfant se sentira trahi par cette effraction terrible dans son intimité. Le logiciel espion n’est qu’une illusion de contrôle.

Imaginez le scénario catastrophe : vous découvrez, via le logiciel espion, que votre enfant consomme du porno en ligne, ou se drogue, ou est victime de harcèlement, ou bien se livre à des trafics illégaux. Voilà, vous en avez le cœur net.

À partir de là, comme le parent qui a fouillé la chambre de son ado et découvert du cannabis ou une bouteille de vodka, comment engager la conversation ? Comment restaurer la confiance pour échanger autour de conduites problématiques, alors qu’on a fait effraction dans le smartphone de son enfant – un objet qui lui appartient ? Ici, le logiciel espion ne semble plus jouer un si bon rôle.

C’est pourquoi il est primordial d’engager le dialogue en amont avec son enfant, bien avant que ce genre de problèmes se posent. Il faut veiller, accompagner et encadrer, au lieu de surveiller. Cela permet à certains moments de vérifier avec lui certaines pratiques, et d’intervenir si besoin.

Savoir n’est pas sauver : en cas de véritable problème grave, le logiciel espion ne remplace pas l’aide éducative, juridique, psychologique dont vous et votre enfant avez besoin.

« La pratique de la géolocalisation, qui servait à rassurer les parents, se transforme en outil de contrôle. Les épisodes que les ados géolocalisés nous relatent soulignent la violence d’avoir été suivis à la trace, sans le savoir, mais aussi l’impossibilité de pouvoir argumenter, de se défendre, de raconter sa version des faits face à l’objectivité de la donnée de géolocalisation. »

Source : Le Livre Blanc – Parents, Enfants et Numérique – OPEN, Unaf

 

Que faire en cas de problème ?

Vers qui se tourner en cas d’inquiétude grave sur le comportement de son enfant

♦ Médiation familiale : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F34355

♦ Le 119 : https://www.allo119.gouv.fr/

♦ Fil Santé Jeunes : https://www.filsantejeunes.com/

♦ Maisons des adolescents : https://www.filsantejeunes.com/mda

♦ ACPE – Agir Contre la Prostitution des Enfants : https://www.acpe-asso.org/