TikTok, Instagram… Pour beaucoup d’adultes, ces réseaux sont synonymes de narcissisme, de perte de temps, voire de menace.
Dans un contexte où les inquiétudes autour de la santé mentale des jeunes s’expriment de plus en plus fortement, ces lectures rapides s’imposent souvent comme des évidences.
Pourtant, les jeunes ne s’y abandonnent pas aveuglément : ils y vivent, s’y exposent, s’y construisent.
À l’adolescence, se regarder, se comparer, chercher à plaire sont des processus normaux et structurants, bien antérieurs aux réseaux sociaux, mais aujourd’hui amplifiés par la mise en ligne.
Les réseaux sociaux sont bien plus que des vitrines : ce sont des espaces de narration de soi, de codes partagés, de recherche d’identité. Les jeunes s’y essaient, y testent des appartenances, y mesurent les réactions. Comme le rappelle Jocelyn Lachance, ils s’y projettent dans un avenir incertain, à la recherche d’une forme de cohérence intérieure.
Oui, il y a des effets problématiques : mise en scène excessive, influence algorithmique, pression sociale. Les ignorer serait une erreur. Les réduire à une causalité simple en serait une autre.
Comme le souligne Marie-Rose Moro :
« Les réseaux sociaux font peur. Pourtant, les ados les maîtrisent mieux que nous : ils vivent et grandissent avec. Bien sûr, il faut les encadrer. Mais croire qu’un simple contrôle règlera la santé mentale des jeunes, je n’y crois pas. »
Il ne s’agit donc ni d’idéaliser, ni de minimiser. Il s’agit de déplacer le regard : comprendre ce que ces usages disent des jeunes, de leurs fragilités comme de leurs ressources. Leur humour, leur goût de la fiction, leur besoin d’être entendus.
Entre fascination, ironie et lucidité, ils s’expriment souvent mieux qu’on ne le croit.
À explorer avec eux : une vidéo critique sur un manga, une pastille d’astrophysique, ou un sketch sur les révisions du bac.
Derrière le divertissement, il y a souvent une manière de penser le monde, à condition d’accepter de la déchiffrer ensemble.
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Cet article a été rédigé par Arnaud Sylla, psychologue clinicien, chercheur et membre du comité d’experts de l’OPEN.